Une réponse philosophique

φ L'évolution de la notion de beauté au fur et à mesure des siècles

Nous allons dans un premier temps voir l’évolution de la définition de beauté au fur et à mesure des siècles. Pour cela nous allons étudier la notion de beauté apportée par Platon, Hegel, Kant et Léonard de Vinci.

 

Tout d’abord, nous pouvons évoquer Platon, célèbre philosophe et élève de Socrate (père de la philosophie), qui à travers ses écrits relate de nombreux dialogues mettant en scène Socrate qui lui évoque ses idées. Platon est ainsi considéré comme le porte parole de son maître. Il cherche à définir l’être du beau, son essence, sa définition et son idée. Ainsi, il affirme la notion du beau en soi. Selon lui, il existe une beauté en soi qui ne peut pas être vue mais seulement pensée par le philosophe. De plus, le philosophe doit savoir faire la distinction entre la beauté et l’idée de beauté. En effet, il doit être capable de reconnaître les belles choses ainsi que la beauté elle-même.

 

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Platon associe le beau comme étant le vrai, le bien : une ressemblance avec la réalité. La beauté est alors une entité réelle, une réalité permanente au-delà des choses individuelles dites « belles ». C’est un ressenti de l’esprit qui mène à une jouissance de l’homme. En d’autres termes, l’idée du beau se situe dans l’âme. Ainsi, la beauté réside en la perfection donc en l’idéal esthétique. Cette beauté peut être associer à une certaine harmonie apporté par les mathématiques. Nous pouvons donc dire que l’idée d’un ordre mathématiques (tout comme le nombre d’or) qui apporte une harmonie et une beauté au corps humain était déjà présente au siècle de Platon.

 

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Léonard de Vinci était un peintre, architecte et ingénieur né en Toscane, à Vinci, village à 30 kms de Florence, au milieu du XVe siècle. Il sera l’un des artistes et savants les plus éminents de la Renaissance Italienne. Déjà célèbre de son temps, il demeure l’un des peintres les plus prestigieux de l’histoire de l’humanité. Léonard de Vinci était un des peintres qui concevais la peinture comme l’imitation de la nature. Les critères de beauté s’évaluaient selon lui sur l'étude des proportions et attitudes humaines, du mouvement et du repos, de la forme et de la position, de la matière et des couleurs, de la perspective linéaire ou atmosphérique, de la distribution de l'ombre et de la lumière dont les lois de l'optique et les mathématiques.

 

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Parmi ces critères le plus important était la proportion. Comme nous avons vu dans les œuvres que nous avons étudiées les proportions sont la base des cadres qu’il utilise. Pour représenter l'homme, l'artiste de la Renaissance était à la recherche d'une figure qui soit à la fois anatomique et esthétique. Il invente pour cela une fiction anthropométrique, qui ramène les proportions du corps à un schéma idéal. Il appelle ceci les proportions instinctifs. Ces proportions créent une certaine norme mathématiques mais surtout une beauté. Aucun homme sur terre n'est bâti selon ces proportions d'harmonie parfaite, mais tous s’y rapprochent. Ainsi pour Léonard de Vinci la beauté est caractérisée par une proportion parfaite. Or cette proportion parfaite est représentée par le nombre d’or. C’est donc la divine proportion qui apporte la beauté dans la nature mais aussi la peinture et l’architecture par exemple.

 

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Selon Hegel, le beau qui se dégage d’une œuvre d’art est sa nature.

En effet, Hegel considère que le beau est l’idée de l’auteur qui s’est exprimée sous forme sensible. L’art est donc une manifestation de la conscience de l’auteur. Par exemple ce qui va faire la beauté d’un tableau n’est pas le tableau en lui-même ainsi que toutes les propriétés mathématiques de proportions que l’on pourra appliquer à celui-ci. C’est la vision du monde et l’idée de l’auteur qui s’y dégage qui fera la beauté d’une toile.

  Selon Hegel, la plus mauvaise des productions de l'homme sera donc infiniment plus belle que le plus beau des paysages car l’œuvre d’art n’est pas une simple production. L’œuvre d’art est un des moyens d’expression de notre conscience. Et donc selon la religion de notre âme. Il semble donc cohérent de penser que l’œuvre de notre âme et de notre esprit est bien plus belle que notre environnement naturel.

Le beau artistique est donc très au dessus du beau naturel car il est l’œuvre de l’esprit. Cela signifie donc que l’on ne peut pas quantifier le beau d’une œuvre d’art, ce qui remet en cause tout notre travail précédent.

Est-ce un échec ? Non. Imaginons que notre projet ait abouti, nous aurions donc pu quantifier et expliquer toute forme d’art sur la planète. Hors ce qui fait la singularité de l’art est justement l’inexplicable beauté qui s’en dégage. Nous aurions donc réussis à annihiler toute forme d’art en le dénaturant d’une de ses principales qualités. Le mystère insolvable de la beauté artistique est donc l’espoir que le beau soit éternel et invincible.

 

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Emmanuel Kant est un philosophe allemand né en 1724 et mort en 1804. Il est le fondateur de l’idéalisme transcendantal et son œuvre et concentrée autour de trois critiques : la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique et la Critique de la faculté de juger.

Kant va alors poser un jugement esthétique. En effet, il affirme que pour sortir de l’imitation et de la copie, il existe un génie artistique qui donne une valeur artistique et esthétique à l’œuvre. De plus, il affirme que ce génie n’est pas un don, une facilité, mais il est quelque chose de plus fort encore. Kant pose le critère d’exempt arité de sorte que l’artiste évite de créer n’importe quoi. Par la suite, aujourd’hui, le terme de beauté est collé au terme d’art. En effet, la beauté fait ressortir des émotions, c’est quelque chose qui nous plait et Kant en pose sa définition.

Pour Kant, le beau c’est l’expression du bon et du bien. C’est une satisfaction universelle. C’est plus un plaisir universel que sentimental et qui serait indépendant de la raison car le beau ne vient pas d’une pensée, mais d’un ressenti, de l’ordre émotionnel. Le beau est quelque chose d’involontaire. Ainsi, Kant définit le beau comme un plaisir désintéressé, universel et sans concept. L’agréable est une chose, le beau en est une autre. On doit être capable de juger une œuvre sans mettre nos préférences en jeu. Le beau a une prétention à l’universalité. Pour Kant, le beau c’est le fait que notre esprit va être frappé par quelque chose.

Ainsi, le nombre d’or donne aux œuvres une certaine harmonie des formes et des proportions, une certaine rigueur géométrique sans rupture ni déséquilibre. Cette harmonie créé une certaine sensibilité artistique. Comme a dit Kant : "La beauté est ce qui est représenté "sans concept" comme objet d'une satisfaction universelle".

Cette beauté est objective, ce sont des qualités que l’on observe, qui sont mesurables. Elles concernent les rapports entre chaque élément d'un tout entre eux et les rapports entre chaque élément au tout lui-même. Ces qualités permettent la mathématisation (le nombre d’or) afin de rendre l’œuvre plus vivante et proportionnée. On peut caractériser l’œuvre de parfaite. Kant distingue utilité et perfection.

 

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  En lisant ces différentes définitions du beau nous pouvons remarquer plusieurs similitudes et différences dans la conception du beau de ces différents auteurs. Nous pouvons premièrement noter l’importance que ces philosophes portent à l’esthétique, notamment à la proportion. En effet, cette notion est primordiale chez Léonard de Vinci, pour lui c’est le critère principal selon lequel on étudie la beauté. Kant, lui aussi apporte une certaine importance à la beauté, à l’esthétique qui selon lui est présent grâce à l’harmonie. Cette harmonie est apportée par le nombre d’or et notamment la proportion. Platon lui porte plus d’attention sur le ressenti : le ressenti de l’esprit. En effet, pour lui la beauté est la ressemblance avec la réalité. Cependant, selon lui, les mathématiques apportent aussi une certaine harmonie et donc une beauté au corps humain. Au contraire, Hegel lui considère que le beau est l’idée de l’auteur qui c’est exprimé sous forme de sensible. L’art est une manifestation de l’auteur. On retrouve aussi ceci chez Kant, qui s’exprime à travers le génie. Ainsi, nous retrouvons ici deux visions différentes du beau. On a d’un coté la vision du beau esthétique et de l’autre du beau ressenti. Certains philosophes peuvent cependant regrouper les deux.

φ Divine proportion, esthétique et harmonie...

Au IIIème siècle avant Jésus Christ, Euclide pose la notion de « partage géométrique en moyenne et extrême raison ».

Le terme « raison » pourrait renvoyer au « logos » (Pythagore, stoïciens) comme ordre des choses. En effet, il y a l’idée d’une certaine « logique » qui pourrait être en opposition au hasard, ce qui montre l’importance des mathématiques pour déchiffrer l’ordre du monde (Cf. Pythagore pour qui tout est nombres) et rendre visible ce qui ne l’est pas (perception rationnelle de la nature).

La formule du nombre d’or est donc le fait que quand on partage un segment, le rapport du petit segment au grand segment est égal au rapport du grand segment au tout (segment initial). On peut alors se demander si la beauté ne serait pas dans un rapport d’égalité entre les différents ordres de grandeurs (d’où le terme d’analogie) : "L'art, c'est l'harmonie. L'harmonie, c'est l'analogie des contraires, l'analogie des semblables "(Seurat, lettre à Maurice Baubourg, 1890). Le mot analogie vient du latin analogia avec ana signifiant « vers le haut » et logos qui signifie « parole, discours ». Le mot harmonie vient du grec harmonia, union, assortiment, c’est la situation où se trouvent plusieurs éléments réunis qui s’accordent. C’est la doctrine des accords et l’idéal de la coexistence des parties. Il y a en effet une sorte d’identité dans les proportions entre petit et moyen puis entre moyen et grand, ce qui créé une sorte d’harmonie et donc de la beauté. En effet, Peu importe le côté où l’on se trouve, le nombre d’or pourrait être défini comme le fantasme d’une création parfaite se retrouvant sous toutes sortes de formes et procurant l’illusion d’être le possesseur des secrets de la créations.

Le nombre d’or ne laisse pas indifférent, il est symbole universel de perfection et de beauté, et la beauté est une expérience du ressenti qui résonne au fond du psychisme humain. Il est évident que lorsque cette proportion dorée se présente à nous que ce soit dans une œuvre d’art, dans l’architecture, dans la poésie, la musique la nature ou même la science, celle-ci provoque une émotion qui touche au plus profond du corps afin de nous faire appréhender un état d’harmonie supérieur. Le pourquoi de cette émotion peut-être contenue dans la symbolique de cette proportion particulière qui soutient que le tout est dans une relation parfaite aux parties qui le composent, le tout étant à la plus grande de ses parties ce que celle-ci est à la plus petite. Ce qui fait dire que cette proportion est divine.

Par la suite, si la nature est « mathématiques », alors faire reposer la création artistique sur les proportions divines présentes dans la nature serait en réalité reproduire fidèlement la nature. Il y aura alors une beauté définie rationnellement qui crée une adéquation avec la beauté naturelle et va satisfaire à la fois l’esprit (rationalité) et les sens (proportion). Le but de l’art est de reproduire la nature selon les lois qui la régissent, il y a un idéal de beauté défini par rapport à un idéal (platonicien) de vérité. Le respect de la proportion devient une loi, une norme pour échapper au « relativisme » de la subjectivité.

Néanmoins, pouvons-nous dire que les critères de beauté de la nature ou d’une œuvre pourrait se résumer à quelques proportions ? Un tableau n’est-il pas bien plus que des constructions géométriques, d’où l’évolution dans la création artistique, la place donnée à la subjectivité et cela d’autant plus que la technique photographique a rendu possible cette représentation véridique de la nature. Et l’attrait des spectateurs pour une œuvre a probablement d’autres explications que l’existence de rapports géométriques, d’où une conception de la beauté subjective aux côtés d’une conception objective du beau.

 

De manière générale, ce lien qui existe entre divine proportion et beauté repose sur la notion d’harmonie. En effet, d’après sa définition, le mot harmonie signifie un ensemble engendré par le bon équilibre ou la coexistence de différentes parties. Le mot esthétique quand à lui se rapporte à la perception de la beauté et au sentiment qu'elle fait naître. L’esthétique passe donc par un ressenti, un sentiment. Celui-ci semble être lié à la présence d’une harmonie dans l’objet considéré. La perception de la beauté étant toujours consciente. Ainsi, le sentiment esthétique serait la conscience de ressentir l’harmonie.

De ce fait, nous pouvons établir un lien entre l’harmonie et l’esthétique. Puisque l’esthétique se rapproche de la beauté (l’esthétique repose sur une perception de beauté ou un ressentie lié à la beauté), alors, nous pouvons dire qu’il existe un lien entre harmonie et beauté.

De plus, la notion d’harmonie est aussi reliée au nombre d’or car, comme nous l’avons vu précédemment, on parle d’esthétique de proportions avec la notion d’analogie qui signifie « égalité de deux rapports » ou « ressemblance » d’après Platon. Cette analogie repose sur le fait que quand on partage un segment, le rapport du petit segment au grand segment est égal au rapport du grand segment au tout (segment initial). Il ya alors un rapport d’égalité entre les différents ordres de grandeurs conférant au Tout, une certaine harmonie. Francis Hutcheson, célèbre philosophe de l’esthétique, a formulé en 1725 :

"Ce que nous appelons beau dans les objets, pour s’exprimer dans le style mathématique, semble résider dans un rapport composé d’uniformité et de variété".

Sans le nombre d’or, une œuvre n’est pas forcément laide, néanmoins, le nombre d’or lui rajoute la notion d’harmonie, cette dernière reposant dans l’esthétique des proportions.

 

Nous avons donc vu qu’il existe un lien entre harmonie et beauté et un lien entre nombre d’or et harmonie. De ce fait, l’harmonie serait donc le lien rattachant la « divine proportion » à l’esthétique, ou beauté.

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